Le roman de Safia Azzedine, publié chez Léo Sheer, relate comment deux jeunes femmes de banlieue parisienne décident d'offrir à leurs parents le fameux pèlerinage à la Mecque, que tout bon Musulman doit avoir fait un jour et qui constitue l'un des cinq Piliers de l'Islam. Le roman La Mecque-Phuket parlerait-il lui aussi ce mouvement de laïcisation hédoniste à laquelle la communauté musulmane française n'échappe pas ? Il est normal que le lien avec les racines se relâche, que la tradition se dissipe, et que deux jeunes filles d'origine maghrébine aient la tentation de la vie moderne et de ses sirènes touristiques. Après avoir songé à être de bonnes filles, elles finissent par céder à l'appel de Phuket, comme tant de jeunes de leur génération, attirés par le charme exotique de la Thaïlande. Alors, Paradis terrestre ou Paradis Céleste ? Tentation de choisir ce monde plutôt qu'un autre, qui nous est promis, mais dont la promesse peut nous sembler parfois bien lointaine et improbable, contrairement à ces destinations en vogue qui savent généralement tenir les leurs le temps d'un voyage vers l'Eden retrouvé. A l'heure où les jeunes français issus de l'immigration sont de plus en plus attirés par la Thaïlande, la Perle d'Andaman, ses plages de rêves, ses plaisirs raffinés, supplanteront-ils dans le coeur des musulmans les plaisirs austères de la spiritualité coranique ? Nous n'avons pas la réponse, mais on peut considérer que le livre de Safia Azzedine peut constituer une lecture sympa après la baignade, au bord de la plage de Bang Tao, ou sur les rives de Koh Pi Pi.