"Les Saintes" relate l'histoire d'un homme d'âge mûr qu'une rupture amoureuse va pousser vers les mirages roses d'une Asie qui sent le souffre. Ce premier roman, très photographique, épris d'images, de cinéma, de culture pop, adopte un style volontairement télégraphique, à l'image de ces bribes d'amours glanées par l'auteur à Bangkok, Pattaya, Manille ou Saigon. Ce que résume bien ce passage du livre : "C'était la révolution en Egypte. Il avait grappillé une poignée de jours heureux qu'il regretterait seul en transit à Abu Dhabi entouré d'hommes, dans un fumoir".

Ce récit d'une vie sexuelle perpétuellement en transit laisse une impression de profonde mélancolie. "Les Saintes" est comme un long moment de blues, le blues de ce personnage meurtri par l'échec de son couple. Mais, au bout du compte, cet échec résume le naufrage général de l'Amour en Occident. C'est un regard lucide et plutôt amer que Guénier porte sur nos sociétés modernes : "Les ex-papas modèles sont priés de ranger la panoplie. Merci pour tout. Le spectacle est terminé. Les enfants vont avec Maman qui ne pourrait pas vivre sans. Papa peut retourner jouer avec ses copains, travailler, regarder le foot, boire, ou jouer au billes, enfin, qu'il nous lâche - qu'il n'oublie pas de travailler, il faudra qu'il paye. "Ils sont chez leur père". Comme on dit : "ils vont chez le dentiste." Quatre jours par mois.".

Dans la fièvre de Pattaya, cette impuissance de l'homme moderne à vivre avec quelqu'un se métamorphose peu à peu en un besoin compulsif d'être avec toutes les filles, ou plutôt d'être avec chacune, obsession amoureuse d'un fuyard qui fait de la Femme son Absolu. C'est dans les lieux de perdition tant décriés par cet Occident qui a tué l'Amour que Guénier célèbre un culte à ses déesses, ses Saintes, les filles de la nuit.