Peu matinale en semaine, Veronica, une jeune américaine de 26 ans, se lève toujours très tôt le week-end. Avant que la chaleur et la foule n’assomment l’énorme marché Chatuchak, la jeune fille en sillonne les labyrinthes d’étaux et se faufile entre les monceaux de jeans et de tee-shirt vintage. Son œil expert déniche rapidement la poignée de fringues qui va faire fureur à Los Angeles ou à Londres. Une fois son butin à l’abri, il ne lui reste plus qu’à consacrer le reste de sa journée à son occupation quotidienne – profiter des distractions incomparables qu’offre la Thaïlande.

Précisons que Veronica fait partie de cette nouvelle catégorie de travailleurs expatriés, dont le nombre va croissant. Grâce à Internet, les fameux « NetPat » peuvent exercer leur activité à distance, n’importe où dans le monde, et ils jouissent d’une grande liberté d’organisation.

-« Vivre d’Ebay demande de la discipline », déclare Veronica. « Mais ça rapporte pas mal. Je m’en sors plutôt bien ici. Bien sûr, la vie en Thaïlande est incroyablement bon marché, mais, avec ce que je gagne, je peux même me permettre de fréquenter les bons restaurants ou voyager ».

Autre exemple de netpat : Giancarlo, un Italien de 32 ans dont l’appartement près de Sukhumvit se repère facilement à 5 heures du matin, puisque c’est le seul de son immeuble de 25 étages où la lumière soit allumée à une heure pareille.

-« Le problème avec le commerce des devises c’est qu’il ne se passe rien pendant des heures, mais qu’il faut être sur le pont au moment où surgit une bonne opportunité », explique-t-il.

Selon Cyrille Hareux, de l’agence Company Vauban, Internet a ouvert la voie à un nouveau genre d’expatriation. Dans le cadre de son travail d’agent immobilier, il fait face à une demande de connectivité croissante, notamment de la part de personnes qui souhaitent pouvoir s’installer comme travailleurs à domicile.

L’activité de pigiste est caractéristique de cette tendance : un journaliste sportif pourra continuer à publier à Dubaï où il percevra des rémunérations élevées, tout en profitant du faible coût de la vie à Pattaya.

Dans le cadre d’un programme avant-gardiste, un promoteur hollandais soucieux d’offrir à ses clients aisés la possibilité de poursuivre leur activité à distance a été jusqu’à faire poser de la fibre optique. L’un de ses clients, originaire d’Allemagne, est consultant en management pour des sociétés du sud-est asiatique, des entreprises coréennes notamment. Grâce à la téléconférence, le réseau haut débit permet à cet indépendant de rester en contact avec l’ensemble de ses clients sans quitter sa villa luxueuse.

« La qualité de vie qui est devenue la mienne n’aurait pas été envisageable deux-trois ans plus tôt », assure-t-il. « Dans mon domaine, avoir un contact visuel direct avec les gens est essentiel. Mais, je peux désormais faire une bonne partie de mon travail en ligne ».

Cyrille Hareux pense que la Toile pourrait radicalement changer l’image de la Thaïlande.

Jusqu’à présent, les gens avaient tendance à considérer le pays plutôt comme une destination de loisir. Pourtant, quand on y réfléchit deux minutes, n’est-il pas plus agréable de travailler sur une plage de sable blanc ou au bord d’une piscine ?