L'argent rapatrié par les OFW est un puissant levier pour l'économie locale. Il sert principalement à financer les retraites de ces travailleurs expatriés, à faire vivre leurs familles. Les OFW investissent massivement dans l'immobilier et leur revenu est le moteur principal de la construction aux Philippines. Ce sont eux qui financent le boom immobilier de certaines villes, comme Cebu, où l'on voit monter de toutes parts les immeubles. Voici la répartition démographique des OFW par pays d'accueil : Etat-Unis 2.8 millions, Arabie-Saoudite 1.06 millions, EAU 529,000, Canada 462,935.

Ci-dessous, la communauté Philippine pique-niquant à Hong Kong, un dimanche matin : 

Afin de donner une meilleure idée des OFW et de leur mode de vie, voici quelques profils typiques de Philippins expatriés.
Marissa a quitté Manille à l'âge de 21 ans, peu après la naissance de son fils. C'est pour subvenir aux besoins de l'enfant qu'elle a décidé de tenter sa chance à l'étranger. Comme beaucoup d'OFW, elle a été placée à l'étranger par une agence, à qui elle a dû reverser près de huit mois de salaire. Marissa a vécu et travaillé à Singapour pendant onze ans, avant de gagner le Japon, où elle travaille depuis cinq ans comme domestique. A l'âge de 37 ans, elle continue à envoyer au pays de quoi élever son garçon de 17 ans. Son revenu lui a permis d'acheter à crédit une petite maison de 2, 3 millions de pesos dans la ville de Quezon.
Ofelia est issue d'une famille très pauvre de la région de Bataan. Dès l'âge de sept ans, elle vendait des Donuts dans la rue, pour aider sa famille à subsister. Avant son départ pour Singapour, elle gagnait de 1200 à 1500 pesos par mois comme serveuse. C'est le décès de son frère asthmatique, dont la santé fragile avait été gravement affectée par les projections de cendres suite à l'éruption du Mont Pinatubo, qui a décidé Ofelia a s'expatrier en 1993. Elle a dû verser la somme totale de 25,000 pesos en six mois à l'agence qui l'a placée à Singapour. Aujourd'hui, elle travaille au Japon en tant que domestique pour un salaire mensuel de 120,000 yen. Son revenu lui a permis d'acheter un appartement et de faire construire deux maisons. Les études de ses neveux et nièces lui coûtent chaque année quelques 32,000 pesos.
Orlando travaille en Arabie Saoudite depuis une dizaine d'années. Après un bref passage à Singapour, il a trouvé ce travail dans le bâtiment, très loin de chez lui. Il a commencé comme simple ouvrier pour un salaire de 12,000 pesos mensuels, puis a été nommé contremaître de chantier, une promotion qui lui a permis de doubler son salaire. Ce revenu lui permet de financer les études de sa fille. En tant qu'infirmière, celle-ci pourra espérer gagner 25,000 pesos par mois en travaillant aux Philippines et au minimum 1,200 dollars Singapouriens si elle suit l'exemple de tous ses compatriotes qui ont fait le choix de s'expatrier.
Rubi a dû débourser 80,000 pesos pour obtenir une place à Hong Kong. Son salaire mensuel est de 20,000 pesos. Cela fait deux ans que la jeune femme travaille à Hong Kong. Originaire de Batangas, elle a quitté les Philippines à l'âge de 25 ans. Elle en a aujourd'hui 32. Initialement, elle voulait rejoindre sa soeur au Canada, mais n'ayant pu obtenir le visa, elle s'est rabattue sur Singapour, où elle a séjourné et travaillé pendant cinq ans. Elle est mère d'un petit garçon de cinq ans, élevé au pays par sa famille.
Cindy a été mariée longtemps à un Japonais dont elle est depuis divorcée. Contrairement à la plupart de ses compatriotes dont le statut d'expatrié est précaire, Cyndy possède un visa permanent. Elle travaille comme chanteuse dans un Omise, un de ces bars à hôtesses comme il y en a tant au Japon. Ce travail lui rapporte 5000 yen par jour, mais a été beaucoup plus lucratif par le passé. Parallèlement à cette activité, Cindy vend aussi des produits de beauté, pour compléter son revenu. Cela fait 17 ans que cette jeune quarantenaire vit et travaille au Japon. Son revenu lui a permis d'investir dans la pierre. Cindy pu acheter quatre condominiums à Makati, le grand centre d'affaire de Manille. Elle en a revendu un, réalisant une importante plus-value. Loin de mettre tous ses oeufs dans le même panier, la jeune femme a également créé sur place un petit business en s'associant à un Américain qui vit sur Manille.
Melody travaille au Japon depuis onze ans. Elle aussi est domestique. Elle a 34 ans et est mariée à un Philippin qui habite Manille. Afin d'accroître son revenu, elle travaille en outre pour un gros promoteur immobilier à qui elle envoie des clients en échange d'une commission.
Les agences qui placent les Philippins à l'étranger doivent recevoir une certification du POEA (Philippines Oversea Employement Administration), afin de parer à toute escroquerie. L'attrait de l'expatriation continue à faire de nombreux émules aux Philippines, mais les expatriés ayant des diplômes sont souvent contraints d'accepter un poste de qualification inférieure et il n'est pas rare qu'un médecin soit obligé de travailler comme simple infirmier aux Etats-Unis ou au Canada.