Avec l’ouverture fin 2009 du premier hospice pour éléphants âgés et invalides dans l’extrême nord du pays, la Thaïlande s’apprête à écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de la relation millénaire qui s’est tissée entre l’homme et l’éléphant.

L’hospice Pang-La situé dans la province de Lampang accueille déjà une trentaine d’animaux et pourrait compter bientôt jusqu’à 200 résidents. Les bienheureux pachydermes y disposent d’une petite rivière où ils peuvent s’ébattre en paix et leur ordinaire se compose d’herbe, de feuilles de bananes et d’ananas, ainsi que de plantes traditionnelles. C’est dire s’ils sont choyés ! Manoosak Tantiwiwat, directeur de l’office de l’industrie forestière, a confié au Bangkok Post, le grand quotidien national du pays, que le séjour des vieux éléphants leur serait garanti « jusqu’au dernier souffle ».

Autre projet mené par cette agence Thaïe, qui semble jouer pour le pachyderme un rôle comparable à celui de notre SPA : la création d’un hôpital entièrement voué à la santé de ces mammifères. L’ouverture de cet établissement dans la province de Krabi, au sud de la Thaïlande, est prévue pour l’année prochaine. Mais le FIO, l’office des forêts, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et un autre programme ambitieux est déjà en préparation : il s’agit d’un fichier ADN qui recensera tous les éléphants domestiques, fichier dont la création devrait à l’avenir empêcher toute nouvelle capture d’éléphants sauvages.

Aujourd’hui, les conditions de vie de l’éléphant sont plutôt douces, puisque sa tâche se limite à promener les touristes. Pourtant, l’animal n’a pas volé son statut de symbole national. C’est au prix d’un lourd tribut payé à l’industrie du Teak, parfois même au prix de son sang, versé sur les champs de bataille, comme à l’occasion des guerres birmanes durant lesquelles on le faisait charger sur l’ennemi, que l’éléphant Thaï a conquis le respect des hommes. A ses heures perdues, l’imposant animal a même joué indirectement le rôle de conseiller conjugal, en devenant pour les jeunes époux la métaphore vivante d’un fonctionnement harmonieux du couple. Les maris Thaïs devaient calquer leur conduite sur les pattes de devant du noble pachyderme, qui imposent le rythme de la marche, tandis que les épouses, à l’image de ses pattes arrière, étaient censées apporter force et énergie à la vie familiale.

Mais en dépit d’une vie contraignante, les éléphants ont la réputation d’être chanceux. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui encore, des Thaïs monnayent le privilège de se promener sous l’un d’entre eux, croyant s’approprier ainsi un peu de la chance et du prestige dont jouit le pilier vivant du Royaume de Siam.