Les manifestations qui agitent Bangkok ces jours-ci sont liées à l'opposition populaire à l'actuel premier ministre Abhisit Vejjajiva et son gouvernement. Les chemises rouges, membres du Front Uni pour la Démocatrie et contre la Dictature (UDD), demandent la dissolution de l'actuel parlement et l'organisation d'éléctions générales.

Piloté et financé par l'ex-premier ministre destitué, l'homme d'affaire Thaksin Shinawatra, le mouvement de protestation est sans doute malgré lui l'instrument de motifs moins louables que le désir de démocratisation du pays, car il est évident que les manoeuvres politiques de Thaksin visent avant tout à contrer la Court Suprême après la saisie des avoirs de l'ancien premier ministre accusé d'abus de pouvoir et de conflit d'intérêt. Pour mémoire, le mandat de Thaksin avait été émaillé de nombreux scandales et l'homme d'affaire, suspecté de corruption et critiqué de toutes parts, avait été finalement renversé par l'Armée, lors d'un coup d'état sans violence, pour remédier à la "division sans précédent" qui régnait dans le pays.

Entre gesticulation théâtrale orchestrée par Thaksin et contre-pouvoir crédible susceptible d'amener plus d'équitée sociale, quel est le poids véritable des chemises rouges, dans un pays où rien ne se fait sans l'aval des militaires et de la famille royale ? Y-a-t-il vraiment comme le prétendent certains une lutte des classes grondantes, une opposition nord-sud, rien n'est moins sûr.

Quelque soit l'issue des évènements de ce mois de mars, ceux-ci ne devraient pas révolutionner longtemps le quotidien dans un pays qui a déjà connu de multiples coups d'états et péripéties politiques, mais aucune crise majeure.

Il est probable que le tourisme pâtira un peu de cette agitation pendant quelques semaines, puis l'attrait irrésistible de la Thaïlande reprendra le dessus et les vacanciers reviendront en masse au Pays du Sourire sans craindre la révolution.